Faute d'amour

FILM | 22/09/2017 | de Andrey Zvyagintsev avec Alexey Rozin, Maryana Spivak, Marina Vasilyeva
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Faute d'amour
Date de sortie : //20 septembre 2017
Pays du film : Russie
Durée : 2 h 08
Réalisé par : Andrey Zvyagintsev
Avec : Alexey Rozin, Maryana Spivak, Marina Vasilyeva
Public : Adultes
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Faute d'amour
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Avec « Faute d’amour », le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev fait un portrait très sombre du divorce, qu’illumine une mise en scène magnifique.

Résumé

À la périphérie de Moscou, Boris et Genia ont décidé de divorcer. Ils ont déjà préparé leur avenir respectif : Boris forme un nouveau couple avec une jeune femme qui est enceinte, et Genia a un amant aisé qui est prêt à l’épouser. Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour leur fils de 12 ans, Aliocha. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Notre avis

Les spectateurs qui ont déjà vu les précédents films de Zviaguintsev ne seront pas étonnés de découvrir que celui-ci est marqué de trois cœurs. Le réalisateur du Retour, du Bannissement, de Léviathan ou d’Elena n’a en effet jamais réalisé que des films de premier plan, riches d’autant de beauté formelle que de profondeur dramatique.

Un couple où l’amour n’a plus sa place

En revanche, on pourra s’étonner de voir les trois cœurs voisiner avec un grand « E ». Ce symbole veut prévenir de quelques scènes de nudité, qu’on pourrait noter d’un petit « e », mais que leur durée rend plus marquantes. (On note toutefois que les plans sont voilés de flou ou sous-éclairés.) Surtout, ces scènes ont leur sens dans la trame du film et sont logiquement commandées par son économie générale, qui est celle d’un divorce. Celui-ci suppose souvent une nouvelle liaison, souvent sexuelle. Zviaguintsev ne le contourne pas, mais ne s’y complaît pas. Dans Faute d’amour, les deux époux ont chacun une nouvelle liaison, mais la brisure se limite aux disputes continuelles. Glaçantes plus que brûlantes, car sans amour. « Sans amour », c’est la traduction du titre original, que le français rend sans erreur, mais en le soulignant moralement, par « faute d’amour ».

Une précision scintillante dans la mise en scène et les dialogues

Le film commence en suivant le petit Aliocha qui entre seul à la maison. Il emprunte un chemin qui longe une rivière gelée, et s’arrête pour prendre un ruban de sécurité qu’il accroche dans un arbre. Revenu chez lui, il tombe dans l’enfer feutré de la dispute parentale. Il ne le supporte plus. Il est en larmes derrière la porte, mais sa mère ne le voit pas. Elle est avec son riche amant.

Même si Zviaguintsev est d’une précision scintillante dans la mise en scène et les dialogues, le regard que sa caméra fait peser sur Genia est terrible. Veut-il nous donner le dégoût du divorce ? C’est réussi ! Mais il a un autre objectif en tête : montrer comment la société russe tout entière s’est dégradée dans son adoption sans précaution du capitalisme. Désormais, c’est le chacun pour soi. Comme dans le divorce où l’on oublie que le mariage a une existence au-delà des individus. La liaison de Boris avec sa maîtresse enceinte n’est pas moins navrante. Elle, candide, mise tout sur son amant à qui elle va donner un enfant. En est-il digne ?

Soudain le drame : Aliocha est porté disparu. Le recours à la police est vite décevant : elle ne peut rien faire pour ce genre de cas. On conseille aux parents de recourir à une association civile spécialisée dans la recherche des disparus. La suite du film va être cette recherche d’Aliocha menée méthodiquement par l’association. Une entraide qui répond à l’égoïsme des débuts.

L’art de Zviaguintsev est de nous plonger dans cette recherche comme si nous en faisions partie, tendus sur chaque signe de réponse, positive ou négative, qui en émerge. Dans cette quête douloureuse, le visage des parents se fait plus attendrissant. Mais la fin, confortable, n’est pas le rachat de la « faute ». Du temps a passé, le lit de la rivière s’est dispersé en bras éloignés. Tout va bien en somme. Pourtant le ruban d’Aliocha est toujours dans l’arbre. Personne ne s’est soucié de le décrocher. Est-ce qu’il est un signal d’amour ? L’amour est immense dans le film. Immensément absent et nous appelle à l’aide.  

Édouard Huber

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